Question : Que signifie l’insaf ? Quelles sont les manifestations d’un comportement empreint d’insaf ?
L’insaf désigne la disposition intérieure qui pousse l’homme à reconnaître et à admettre le droit et la vérité, d’où qu’ils proviennent. Il implique de traiter chacun avec justice et miséricorde, de protéger non seulement ses propres droits mais aussi ceux d’autrui, et d’adopter une conduite guidée non par les élans de l’ego, les passions ou les désirs, mais par la conscience, la raison et les valeurs humaines universelles. C’est encore le respect scrupuleux du droit, jusque dans ses expressions les plus infimes.
L’insaf représente la moitié de la religion. Parfois employé pour désigner le droit, parfois la justice, parfois encore l’attachement indéfectible à la vérité, le terme insaf renvoie à l’exigence de ne jamais léser autrui lorsqu’on revendique un droit ; bien plus, il implique de souhaiter pour les autres ce que l’on souhaite pour soi-même, de leur accorder, si nécessaire, la priorité, et d’adopter en toute circonstance une attitude équilibrée, à l’écart aussi bien de l’excès que du manquement, dans l’accomplissement du droit.
Le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) a compté l’insaf parmi les fondements essentiels de la belle morale et a déclaré : « Trois choses relèvent de la foi : ne pas renoncer à l’insaf malgré les incitations de l’âme, répandre le salut envers tous, et faire l’aumône même dans la gêne. »
L’expression couramment répandue parmi le peuple : « L’insaf est la moitié de la religion », bien qu’elle ne soit pas rapportée textuellement du Prophète, constitue néanmoins une parole de sagesse qui résume l’esprit de ses nobles enseignements relatifs au droit et à la justice.
Lorsqu’un individu examine une question selon sa propre logique et son propre raisonnement, il peut lui arriver de privilégier ses considérations personnelles au cœur de son jugement et l’envisager sous l’angle de l’ego et de la matérialité. Il peut, dans de telles circonstances, facilement se tromper, parvenir à des conclusions erronées et se croire détenteur d’une vérité absolue. L’insaf se manifeste précisément lorsque, dès que la réalité des faits se révèle, l’individu se range du côté de la vérité et adopte une position qui va à l’encontre de ses intérêts ou de son orgueil
Respecter en toute circonstance les principes religieux, façonner sa morale autour de l’amour de la justice, rechercher inlassablement la vérité et, malgré la pression des penchants charnels, écouter la voix de la conscience pour soutenir et faire prévaloir le droit : telles sont les exigences d’un comportement empreint d’insaf.
Celui qui en est dépourvu devient dur et insensible ; il exploite la moindre occasion pour nourrir la suspicion ; à cause d’un seul défaut, il en vient à ignorer de nombreuses qualités et demeure privé de toute bienveillance dans son jugement. Alors même que la morale islamique recommande l’insaf et la bienveillance dans l’interprétation des faits, l’homme injuste érige l’iniquité et la mauvaise opinion en principe. Il s’arrête sur une seule pomme pourrie et en conclut que tout le verger est stérile et corrompu.
En réalité, une pièce usée dans le trésor d’un État n’en altère en rien la richesse ; pourtant, aux yeux de l’homme injuste, un seul défaut, semblable à cette pièce effacée, suffit à rabaisser l’être humain — pourtant trésor inestimable — au rang d’une chose sans valeur.

