VELI ET EVLIYAULLAH – 1

par CM Editor
VELI ET EVLIYAULLAH

Le terme veli renvoie aux significations de maître, détenteur, soutien, fidèle et protecteur. Il désigne les serviteurs de Dieu, l’homme de la vérité, celui qui se tourne vers Allah avec des sentiments de profonde amitié et qui, en retour, reçoit de Lui un traitement empreint de proximité et de bienveillance. L’état auquel accède un tel homme est appelé velâyet (sainteté), et le degré suprême de cette station porte le nom de kutbiyet.

La sainteté accomplie, dans son sens le plus parfait, consiste en l’anéantissement du serviteur quant à l’ego et à la matérialité, puis en son élévation vers l’horizon de la proximité divine à travers la connaissance de Dieu, l’amour de Dieu, la contemplation du Vrai et le dévoilement des mystères de la divinité. Ayant atteint ce sommet — où l’Occident devient Orient, où l’automne se mue en printemps et où l’anéantissement se transforme en subsistance — le serviteur de Dieu ne voit plus l’existence que comme émanant de Lui, commençant en Lui et s’achevant en Lui. Tout naît par Lui, tout disparaît par Lui, et tout reçoit l’être par la lumière de Son existence.

À mesure qu’il relie chaque chose à Dieu, le témoin de cette vérité perçoit l’ensemble de l’existence sous un jour nouveau. Tout ce qu’il voit et ressent s’écoule, dans son cœur, à partir de la réalité suprême connue sous le nom de trésor caché. Dans le visage des matins et des soirs qui se succèdent, dans la profondeur scintillante des cieux, dans la beauté multicolore des saisons qui se renouvellent sans cesse, dans la majesté des mers, dans l’élan des fleuves courant vers l’océan avec un ardent désir de rencontre, dans le cri des oiseaux et le bêlement des troupeaux, il tressaille toujours sous une lumière venue de Dieu et frissonne des significations qui, venues de Lui, affluent dans son cœur. Puis, dans l’horizon de la contemplation, toutes les formes et toutes les apparences s’effacent, et il se retrouve immergé dans une méditation et une ivresse spirituelle où il semble ne plus voir, entendre et ressentir que Lui seul.

Chez un tel homme du cœur, l’ardeur devient entièrement aspiration, l’attraction se mue en ravissement, toute forme de distraction disparaît et la lumière divine se manifeste partout. L’intellect et le cœur marchent désormais main dans la main, et l’existence entière prend l’aspect d’un livre à déchiffrer. Toutes les fausses lumières trompeuses s’éteignent l’une après l’autre, tandis que des étoiles semblent descendre du ciel. Le monde, dans sa dimension purement mondaine, s’anéantit, puis se recompose selon un dessin tourné vers l’au-delà. Les ténèbres se déchirent successivement et, par ces brèches, jaillissent des flots de lumière. Chaque être devient pour les serviteurs de Dieu une source de vie et un compagnon, et le cœur retrouve, en toute chose, ce qu’il cherchait en un point unique. Ainsi se libère-t-il de toutes les solitudes sauvages.

Parvenu, grâce à cette ascension spirituelle, à l’intimité avec Dieu (üns billah), le cheminant n’est jamais laissé seul face à son ego, fût-ce l’espace d’un instant. Entièrement tourné vers l’horizon du lillah et du livechillah, il est protégé et pris en charge par la grâce infinie de Dieu. Ni tristesse ni inquiétude ne subsistent : partout souffle la fidélité, et dans son cœur jaillit une pure sérénité spirituelle. Tout devient jardin paradisiaque, et lui-même se fait fragment du Firdaws, conformément à la parole divine :
« En vérité, les serviteurs de Dieu n’éprouveront ni crainte ni affliction. » (Coran, 10/62)
Protégé dans cette forteresse sûre, éloigné des ténèbres de l’ego, enveloppé de lumières miséricordieuses — tout en conservant la crainte révérencielle et la majesté dues à Dieu — il reçoit sans cesse des annonces venues de l’Invisible et y répond par la gratitude et la pureté.

Lorsque l’on évoque les termes veliyyullah ou evliyâullah, ils peuvent désigner l’ensemble des croyants, par distinction avec ceux qui ne partagent pas cette foi — sens qui correspond d’ailleurs à l’usage du Coran et de la Sunna. Toutefois, dans la tradition soufie, le mot veli revêt des significations plus spécifiques. Selon les maîtres spirituels, le saint est celui qui, par l’ascèse ou diverses formes de combat intérieur, dépasse les limites du corps et de la matérialité pour accéder à la vie du cœur et de l’esprit, atteignant ainsi la proximité divine. Il s’anéantit quant à sa propre personne et subsiste par une nouvelle réalité, bénéficiant des faveurs, des dons et de l’attention particulière de Dieu.

Un tel serviteur de Dieu, ayant tout trouvé dans cette station, se libère de toute autre quête. Les choses périssables et éphémères ne retiennent plus son regard. « Que les biens et les richesses appartiennent à d’autres, Dieu me suffit », dit-il, et il demeure fermé à tout ce qui n’est pas Dieu. Le poète Nâbî ne rappelait-il pas cette vérité lorsqu’il écrivait : « Le serviteur de Dieu se soucie-t-il des richesses ?
Supporte-t-il le fardeau de la foule ? » Car celui qui consacre son regard exclusivement à Dieu, et que Dieu comble continuellement de Ses bienfaits, ne se tourne plus jamais vers autre que Lui.

Bien que tous les serviteurs de Dieu soient des hommes du cœur et de l’esprit, ils sont désignés par divers noms et titres — ebrâr, mukarrabîn, ebdâl, evtâd, nücebâ, nükebâ, imam, gavs, kutb — selon leurs dispositions, leurs tempéraments, leurs dons, leurs fonctions et leurs missions. Toutefois, quels que soient leurs noms, leurs caractéristiques communes demeurent la sincérité, la loyauté, la pureté d’intention, la piété, la retenue, le détachement, l’acceptation, l’amour, la douceur, l’humilité, l’effacement de soi, le repentir, le retour vers Dieu, la crainte révérencielle et le respect profond. À de rares exceptions près, tous évoluent dans ce cadre fondamental.

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