Fabricio Calatayud
Sarah attendait, assise près de la fenêtre, les jambes repliées contre sa poitrine. La cloche de l’église sonnait au loin et le ciel s’assombrissait.
Dans cet article
- « Parce que quelqu’un m’a aidée une fois. C’est tout. »
- Leurs yeux affichaient tous la même expression silencieuse : bienveillante, mais aussi épuisée.
- Malgré son enfance et son départ loin de chez elle, elle allumait chaque année, la même nuit, une petite bougie sur le rebord de sa fenêtre.
Sarah attendait, assise près de la fenêtre, les jambes contre sa poitrine. La cloche de l’église sonnait au loin et le ciel s’assombrissait. Ce matin-là, sa mère était partie, un foulard sur la tête et un panier à la main.
« Si je ne rentre pas avant ce soir, » murmura sa mère, « prends le petit sac sous le lit et attends Marie. »
C’était sa seule réponse.
Le silence régnait dans les rues tandis que le soleil se couchait. Sarah se leva et sortit le petit sac en tissu de sous le lit. Il contenait un petit pain, quelques centimes et un morceau de papier plié où était inscrit le nom « Claire », un nom qu’elle ne reconnaissait pas.
On frappa doucement à la porte.
C’était Marie, la marchande de pain du coin. Malgré son visage anxieux, elle lui fit un sourire.
« Viens, ma petite. Il faut y aller. »
Elles ne se déplaçaient que la nuit, empruntant les ruelles et les passages étroits. Sarah tenait toujours la main de Marie. Elles trouvèrent refuge dans des caves, des granges, et même, à un moment donné, dans la cave d’une église.
À une halte, un vieil homme offrit une soupe chaude à Sarah. Une petite fille lui confia ses chaussures.
Leurs regards avaient tous la même expression silencieuse : bienveillante, mais aussi épuisée. « Pourquoi m’aidez-vous ? » demanda Sarah un jour.
Marie détourna le regard. « Parce que quelqu’un m’a aidée une fois. C’est tout. »
Un soir, elles arrivèrent à une petite ferme près du bois. Pierre, un homme, se tenait là. Il transportait des pommes de terre et du foin dans une charrette en bois.
Sous le foin, Sarah s’allongea après être montée dans la charrette. Faisant semblant d’être de simples voyageurs, Marie et Pierre s’assirent à l’avant.
Sarah retint son souffle lorsqu’ils passèrent devant le poste de contrôle allemand. Ses bottes crissaient sur le gravier ; elle entendait les soldats converser. Pierre se contenta de rire et de faire un signe de la main quand l’un d’eux cria quelque chose.
La charrette reprit ensuite sa route.
Ce soir-là, ils s’arrêtèrent près d’une rangée d’arbres.
« Juste après ces bois, c’est la Suisse », dit Pierre. « Tu passeras sous la clôture. Quelqu’un t’attendra. »
Marie s’agenouilla près de Sarah. « Tu es courageuse. Plus courageuse que tu ne le crois. »
Sarah resta silencieuse. Elle était trop effrayée. Elle hocha cependant la tête.
Le cœur battant la chamade, elle se précipita à travers les arbres. L’herbe était humide. L’air froid lui piquait le nez. Apercevant la clôture, elle tomba à genoux et rampa.
Une femme en manteau, de l’autre côté, la releva et la serra fort dans ses bras.
« Tu as réussi », dit-elle.
À la fin de la guerre, Sarah resta en Suisse. Elle ne revit jamais sa mère. Elle ignorait tout du sort de Pierre et de Marie.
Malgré son enfance et son départ loin de chez elle, elle allumait chaque année, la même nuit, une petite bougie sur le rebord de sa fenêtre.
Pour Marie. Pour Pierre. Pour ceux qui lui avaient offert leur aide sans qu’elle y soit obligée.

