Fethullah Gülen
Lorsque la nuit, de son manteau noir immaculé, enveloppe toute l’existence, certaines âmes obscurcies, seules et étrangères au monde, se sentent coupées de tout. Pourtant, même aux instants les plus sombres, dans les lieux les plus retirés, au cœur des déserts dépeuplés, Lui est toujours avec nous. Il est l’Intime des esseulés, le soutien des sans-appui et le recours des désespérés.
Lui seul connait la fracture des cœurs brisés, Lui seul envoie le remède aux maux incurables ; par les souffles qui émanent de Son climat, Il efface de nos âmes la solitude et la sauvagerie. Celui qui se tourne vers Lui se dirige vers une porte qui s’ouvrira ; celui qui Le supplie est déjà considéré comme ayant atteint son but.
Ceux qui L’ont reconnu dans leurs œuvres, qui L’ont perçu et connu dans leur conscience, n’ont plus rien d’autre à apprendre. Dans l’esprit de ceux qui accèdent à Sa connaissance, les fragments de savoir se transforment en coupoles de turquoise reposant sur des colonnes de diamant. Dans les âmes qui ne Le connaissent pas, les sciences se changent en illusions ; l’existence même, objet de ces sciences, se mue alors en cadavres inanimés.
Dans le climat lumineux de la foi en Lui, l’ensemble de l’existence devient d’une clarté absolue ; les sentiments et les pensées portés sur les objets et les évènements s’apaisent jusqu’à la plus pure limpidité, et tout s’écoule vers Lui pour L’atteindre. Ceux qui savent, par ces pensées et ces sentiments épurés, se rapprocher de Lui et Lui adresser leurs prières et leurs supplications, sont les plus fortunés des hommes.
Sachant cela, lorsque, parmi monts et vallées, déserts ou cités, de nuit ou de jour, tu ressens de la solitude, lève-toi et tourne-toi vers Lui de tout ton être ; ouvre-Lui les portes de ton cœur, expose-Lui tes grandes et petites douleurs, tes souffrances, tes désirs et tes aspirations. Tu sentiras alors tes peines s’apaiser, tes tourments céder la place à la paix et à la sérénité, et tu percevras ton âme enveloppée de toutes parts par des souffles de bienveillance.
Peut-être ne Le verras-tu ni ne L’entendras-tu jamais selon les critères du monde matériel. Mais à chaque instant, par mille signes et indices, Il fera sentir Son existence à ta conscience, te fera éprouver Sa proximité et, par moments, fera éclore des sourires aux lèvres de ton cœur.
Les nuits sont semblables à des versants ouverts à ces effusions spirituelles. Les âmes éveillées à la vérité, qui ont fait de leur cœur un miroir éclatant face aux manifestations du Vrai, se tiennent aux aguets sur leurs tapis de prière à l’arrivée de la nuit et partent en quête de ces manifestations. Toi aussi, lorsque tu te retrouves seul, guette les versants de la nuit ! Sache que ces lieux sont des espaces de retraite avec l’Ami, et que les instants d’exil sont aussi des temps de recueillement. Entre en Sa présence de tout ton être, confie-Lui un à un les secrets de ton cœur. Verse tes larmes ! N’ouvre tes peines qu’à Lui ; gémis en Sa présence, pose ton front sur le lieu de prosternation — premier seuil sur les chemins qui mènent à Lui — et attends… Tu sentiras les portes imbriquées s’ouvrir vers ton monde intérieur, tu te sentiras fondre sous les lumières de Sa présence et, tel une goutte tombant dans l’océan, tu disparaitras pour ton propre compte avant de t’unir, au-delà de tout calcul, aux vagues puissantes des océans.
Au sein de ton être existe un intérieur, puis un intérieur encore plus profond, et ces intérieurs enchâssés t’attireront sans cesse vers davantage de profondeur, d’ampleur et de sommets. Dans la mesure où tu pourras hisser les voiles vers ces profondeurs emboitées, tu te sentiras comme en promenade dans les climats vierges et enivrants de l’au-delà, sur les versants éternellement ouverts du Paradis, et à chaque pas nouveau, tu gouteras une grâce particulière du rapprochement avec Dieu.
Les âmes qui ne voient rien au-delà de l’apparence extérieure, incapables d’atteindre les grandeurs, les splendeurs et les profondeurs qui sont en elles, errent sans cesse dans les ténèbres et ne parviennent jamais à se libérer du manque et de l’angoisse.
Ah, si seulement elles pouvaient percevoir les profondeurs de leur propre essence, aussi vastes que les cieux étincelants, aussi larges que les univers… Ah, si seulement elles pouvaient, à l’image des véritables êtres humains, découvrir en elles les points ouverts à la lumière intérieure et, sur les voies droites de la conscience, capter les secrets de ces mondes grâce aux lumières que le Sublime Créateur projette dans l’œil du cœur.
Quant à ceux qui, à l’état de simple germe, ne trouvent pas ces chemins lumineux en eux-mêmes ; à ceux qui vivent toute une vie sans connaitre la plus haute vérité ; à ceux qui, attachés aux distances matérielles, sont incapables de percevoir les distances de l’infini… je ne sais s’il faut les plaindre, s’en attrister, ou bien supplier notre Seigneur encore et encore par la prière pour que leurs yeux s’ouvrent…

