Questions et Réponses
Toute personne qui s’efforce de servir sur le chemin de Dieu doit être mentalement préparée aux difficultés et aux épreuves qu’elle est susceptible de rencontrer. Le cours des événements ne se déroulent pas toujours comme nous l’espérons. Nos souhaits et nos attentes peuvent ne pas se réaliser. Les plans et les projets que nous élaborons pour l’avenir peuvent être interrompus et demeurer inachevés. En cours de route, nous pouvons être confrontés à des difficultés inattendues et même être victime de déloyauté ou de trahison de personnes dont nous n’aurions jamais soupçonné cela.
Comme l’a dit un jour Bediüzzaman Said Nursî :
« Toute entreprise bénéfique rencontre de nombreux obstacles nuisibles, et les démons s’acharnent sans relâche contre les serviteurs voués à de telles œuvres de bien. »
Les démons, qu’ils soient parmi les hommes ou parmi les djinns, les tourmenteront sans relâche, comme ils ont tourmenté les prophètes et les saints avant eux. Comme l’exprime une parole célèbre, bien qu’elle ne soit pas un hadith authentique, mais dont le sens est confirmé par les versets du Coran et les traditions authentiques :
« Toute bonne œuvre a son obstacle. »
Dans toute entreprise vertueuse, Satan se dresse sur le chemin de l’être humain et cherche à lui barrer la route au moyen de divers stratagèmes et pièges.
Dieu a toujours accordé Sa grâce à ceux qui marchent sur Son chemin et les a protégés. Cependant, être sous Sa grâce et Sa protection ne signifie pas que nous ne serons jamais confrontés aux afflictions et aux malheurs. Ce monde est un lieu d’épreuve ; il est donc inévitable que nous soyons, de temps à autre, éprouvés par diverses difficultés.
Comme le Coran l’affirme dans plusieurs versets, ceux qui cherchent à vivre et à faire vivre la religion de Dieu rencontreront inévitablement des calamités. Ceux qui s’engagent sur cette voie sacrée subiront certaines pertes et privations. Tantôt nous serons éprouvés par la perte des biens matériels, tantôt par la perte d’êtres chers ou même de nos propres vies. Si, face à de telles épreuves, nous savons faire preuve de patience et de maîtrise de nous-mêmes, nous sortirons victorieux. Car tout ce que nous perdons ici-bas nous sera rendu en abondance dans l’au-delà.
Il est essentiel, dès le départ du voyage, d’être préparé aux difficultés susceptibles de surgir. Celui qui entreprend une route en sachant qu’il devra franchir des montées abruptes, traverser des sommets escarpés et descendre dans de profondes vallées prendra naturellement les dispositions nécessaires.
On peut appeler cela un équipement intérieur. Par là, nous entendons le renforcement du monde intérieur de la personne ainsi que l’acquisition de la résistance nécessaire à sa vie spirituelle et morale. Si cette maturité est acquise dès le départ, les attaques extérieures ne provoqueront pas de bouleversement intérieur. En revanche, lorsqu’une telle prévoyance fait défaut, les difficultés inattendues peuvent dérouter l’individu, lui faire perdre son équilibre et obscurcir sa vision des choses.
Écoutons l’avertissement du Coran :
« Pensez-vous entrer au Paradis sans avoir subi les épreuves de ceux qui vous ont précédés ? Ils furent frappés par la détresse et l’adversité, et tellement secoués que le Messager et les croyants qui étaient avec lui s’écrièrent : “Quand viendra le secours de Dieu ?” Certes, le secours de Dieu est tout proche. » (Coran, 2:214)
Puisque le Coran nous adresse un tel rappel, nous devons nous aussi en tirer la leçon, nous réveiller et reprendre conscience.
À ce propos, rappelons les paroles d’Abbâs ibn ‘Ubâda lorsqu’il s’adressa aux Ansâr au moment où ils prêtèrent serment d’allégeance au Prophète (paix et bénédictions sur lui) à ‘Aqaba :
« Savez-vous vraiment à quoi vous êtes en train de vous engager ? »
Il arrive que les êtres humains soient emportés par la psychologie de groupe, entraînés par une vague émotionnelle et se consacrent avec enthousiasme à une cause. Cela est certes admirable, mais cela ne doit pas s’arrêter là. Dès le départ, il faut faire prendre conscience aux personnes de la nature du chemin qu’elles empruntent et de la destination vers laquelle elles se dirigent.
Cette voie procure certes de la joie et du bonheur, mais elle comporte également son lot de souffrances et de difficultés. Abbâs ibn ‘Ubâda, homme de clairvoyance et de discernement, leur rappela cette réalité, laissant entendre que des jours difficiles les attendaient et les invitant à s’y préparer.
De même, lorsque le Prophète (paix et bénédictions sur lui) recevait le serment des nouveaux musulmans, il leur demandait de promettre obéissance non seulement dans les moments agréables et faciles (manshat), mais également dans les périodes de difficulté et d’épreuve (makrah).
Cependant, il ne faut pas conclure de cela que toute personne engagée au service de la foi est nécessairement destinée à subir les épreuves les plus lourdes. Par miséricorde envers notre faiblesse, notre pauvreté, notre fragilité et notre inconsistance, le Très-Haut peut parfois nous préserver de telles épreuves.
Bediüzzaman exprime cette idée en ces termes :
« De même que le Dieu Tout-Puissant peut, en un instant, balayer un ciel rempli de nuages sombres et faire apparaître le soleil éclatant sur la face limpide du firmament, de même Il peut dissiper les ténèbres les plus épaisses de la confusion et révéler les vérités inébranlables de la foi avec l’éclat du soleil, d’une manière aisée et sans effort. Nous espérons de Sa miséricorde qu’Il ne nous demandera pas un lourd tribut. »
Néanmoins, nous ne pouvons bâtir notre préparation sur cette éventualité. Nous devons nous préparer à l’hiver, prendre les précautions nécessaires et, si c’est finalement le printemps qui arrive, l’accueillir avec reconnaissance et joie.
Les personnes consacrées au service de la foi et du Coran peuvent être considérées comme formant une sorte de compagnie spirituelle. Chaque membre de cette compagnie a la responsabilité de soutenir les autres.
Lorsque certains sont frappés par l’épreuve, les autres doivent les relever et leur apporter le soutien nécessaire afin de fortifier leur cœur et leur esprit. Pour résister aux pressions extérieures, à l’oppression et au choc des événements inattendus, nous avons tous besoin de ce soutien mutuel.
Il est particulièrement important de renforcer ceux dont la résistance intérieure est faible et qui sont facilement déstabilisés par les pressions. Ces personnes ne doivent jamais être laissées seules ; elles doivent être entourées d’attention et de soutien.
Rendre visite à un frère ou à une sœur emprisonné(e), prendre de ses nouvelles et répondre à ses besoins constituera pour lui ou elle une grande source de réconfort moral et renforcera sa force spirituelle.
Nous ne devons jamais oublier que lorsqu’une personne portant une cause est blessée ou meurtrie, c’est tout le corps de la communauté qui en est affecté, provoquant fissures et fractures. Ainsi, chaque fois qu’un ami rencontre une difficulté, nous devons mobiliser les bienfaits que Dieu nous a accordés et chercher, d’une manière ou d’une autre, à résoudre son problème.
En effet, chacun peut être confronté à des formes différentes d’épreuves. Certains peuvent les surmonter grâce à leur propre force intérieure. Mais tous ne possèdent pas le même système immunitaire spirituel. Certains ne résistent pas aux virus et aux microbes auxquels ils sont exposés et ont besoin d’un renforcement extérieur.
Dans de telles circonstances, il est de la plus haute responsabilité des membres de cette compagnie spirituelle de ne laisser personne seul dans son épreuve, de ne pas lui permettre de se sentir abandonné ou démuni.
Comme les pierres d’une coupole qui ne tiennent qu’en se soutenant mutuellement, nous ne pouvons demeurer solides qu’à condition de nous appuyer les uns sur les autres ; sinon, l’édifice humain s’effondre et se disperse en chemin.
Face aux épreuves : Ne pas accuser le destin ni les autres
Dans les périodes d’épreuve, un point mérite une attention particulière : les esprits fragiles peuvent céder à la critique du destin, refuser la soumission au décret divin et remettre en cause les dispositions établies par Dieu à leur égard.
En agissant ainsi, elles se mettent en contradiction avec cette parole divine :
« Il ne Lui est pas demandé compte de ce qu’Il fait, tandis qu’eux auront à rendre compte. » (Coran, 21:23)
Par ailleurs, dans ces moments difficiles, les gens peuvent également commencer à chercher un responsable aux problèmes rencontrés et à s’accuser mutuellement.
Or, une telle attitude porte atteinte au moral, affaiblit l’unité spirituelle et double ainsi la calamité déjà subie.
Bien entendu, face aux malheurs, nous devons procéder à un examen de conscience approfondi, tirer les leçons de nos erreurs passées et prendre la résolution de ne plus les répéter à l’avenir.
Afin d’éviter que des problèmes similaires ne se reproduisent, nous devons apprendre de nos expériences et agir avec davantage de prudence.
Nous devons analyser les causes apparentes des épreuves qui nous frappent et prendre les mesures nécessaires pour qu’elles ne se reproduisent pas. Nous devons également réexaminer nos activités, nos projets et nos programmes, et rechercher de nouvelles précautions afin d’assurer la sécurité du chemin à venir.
Cependant, tout cela doit être fait :
- sans critiquer le destin ;
- sans rejeter la faute sur les autres ;
- sans blesser ni réprimander nos frères et sœurs ;
mais avec douceur, indulgence et compréhension.
Autrement, nous risquons de briser le cœur de nos compagnons de route, de les accabler sous le poids de la culpabilité ou de susciter chez eux des réactions de défense.
Par nos critiques et nos accusations, nous pouvons provoquer des conflits et des divisions au sein même de notre communauté.
Avec le temps, cela pourrait engendrer un groupe de personnes blessées, marginalisées et mécontentes, qui finiraient peut-être même par agir contre nous.
Nous aurions alors, sans même nous en rendre compte, porté atteinte à la fois aux droits des créatures et aux droits de Dieu.
Ainsi, alors que nous cherchions à résoudre un problème, nous aurions ouvert la porte à des difficultés bien plus graves encore, jusqu’à finir écrasés sous leur poids.
C’est pourquoi de telles questions ne supportent ni la précipitation ni la brutalité.
Lorsqu’une épreuve survient, la véritable attitude du croyant consiste à conjuguer plusieurs qualités :
- la patience (sabr) ;
- la confiance en Dieu (tawakkul) ;
- l’examen de conscience ;
- la solidarité fraternelle ;
- la sagesse dans l’analyse ;
- et le respect du décret divin.
Celui qui agit ainsi transforme les difficultés en moyens d’élévation spirituelle.
Les épreuves deviennent alors non pas des causes de chute, mais des occasions de purification, de maturation et de rapprochement de Dieu.
En réalité, l’histoire des prophètes, des saints et des grands serviteurs de la vérité montre que les périodes les plus fécondes spirituellement furent souvent celles où les difficultés étaient les plus intenses.
Les souffrances, lorsqu’elles sont accueillies avec foi, patience et persévérance, deviennent un creuset dans lequel se forment les caractères solides, les cœurs sincères et les âmes capables de porter les responsabilités les plus élevées.
C’est pourquoi le croyant ne doit ni désespérer devant les difficultés ni s’enorgueillir dans les périodes de facilité.
Il avance constamment entre la patience et la gratitude, entre la prudence et l’espérance, convaincu que derrière chaque épreuve se cache une sagesse divine et que le secours de Dieu est toujours proche.
« Certes, avec la difficulté vient la facilité. Oui, avec la difficulté vient la facilité. » (Coran, 94:5-6)
Ainsi, ceux qui consacrent leur vie au service de la foi et du Coran doivent poursuivre leur route avec détermination, sans se laisser abattre par les obstacles, en sachant que les épreuves constituent une partie naturelle du chemin de la vérité, et que la victoire appartient finalement à ceux qui persévèrent avec sincérité.
References
Kashf al-Khafa,2/89.
See Nasa’i, Jihad 19.
Surah al-Baqarah, 2:214.
Bediuzzaman, The Gleams, p. 131.
Surah al-Anbiya, 21:23.

