Accueil ScienceScience SquareSQUARE DES SCIENCES – 15

SQUARE DES SCIENCES – 15

par CM Editor
SCIENCE SQUARE

L’HISTOIRE OUBLIE DU SOMMEIL EN DEUX TEMPS

Zaria Gorvett. L'habitude médiévale oubliée des « deux sommeils ». BBC, janvier 2022

Pendant une grande partie de l’histoire humaine, les gens ne dormaient pas d’une traite la nuit. Ils dormaient plutôt en deux phases : une première sieste matinale, suivie d’une période d’éveil calme vers minuit, puis une seconde sieste jusqu’au matin. Ce rythme était si courant qu’il est fréquemment mentionné dans les archives judiciaires, les lettres et la littérature.

L’historien Roger Ekirch a mis au jour cette pratique oubliée en étudiant la vie avant la révolution industrielle. Il a constaté que le temps entre les deux sommeils, souvent appelé « la veille », était consacré à la prière, aux conversations, aux tâches ménagères ou simplement à la réflexion. On ne considérait pas ces réveils nocturnes comme un problème ; ils faisaient pleinement partie du quotidien.

Ce rythme de sommeil en deux phases existait probablement parce que les nuits étaient longues et sombres avant l’apparition de l’éclairage artificiel. Les gens se couchaient tôt et se réveillaient naturellement au milieu de la nuit. Des expériences modernes montrent que lorsque les individus vivent sans lumière électrique, leur sommeil retrouve souvent spontanément ce rythme ancestral.

Le sommeil biphasique a commencé à disparaître au XIXe siècle avec l’arrivée des lampes à gaz, de l’éclairage électrique et des horaires de travail en usine, qui ont repoussé l’heure du coucher tandis que les heures matinales restaient inchangées. Le sommeil s’est alors retrouvé comprimé en une seule phase, et l’ancien rythme s’est estompé. Comprendre cette histoire peut aider à expliquer pourquoi se réveiller la nuit n’est pas toujours le signe d’un problème. Pendant la majeure partie de l’histoire de l’humanité, c’était tout simplement le rythme de sommeil habituel.

COMMENT NOS QUARTIERS FAÇONNENT NOTRE SANTÉ

Noaeen, M., Rostami, A., Ghanem, I. et al. Cartographie des facteurs de risque du diabète de type 2 au niveau du quartier pour une santé publique de précision à l'aide de l'apprentissage automatique prédictif et causal. Sci Rep, janvier 2026.

On parle souvent du diabète de type 2 comme d’une maladie liée au mode de vie (alimentation, activité physique et génétique). Mais une nouvelle étude de l’Université de Toronto révèle une réalité plus profonde : le lieu où l’on vit pourrait être tout aussi déterminant que le mode de vie.

Grâce à l’intelligence artificielle et à la modélisation causale avancée, des chercheurs ont analysé les données de plus de 1 100 quartiers de la région du Grand Toronto. Au lieu de se concentrer sur les individus, ils ont examiné des caractéristiques propres à chaque quartier, comme les taux d’obésité, l’activité physique, le revenu, la structure par âge, la santé mentale et le stress au travail. Leur objectif était non seulement de prédire les zones où le diabète est le plus fréquent, mais aussi de comprendre quels facteurs contribuent réellement à ce risque.

Les résultats étaient frappants. Les modèles d’IA ont permis d’identifier les quartiers à forte prévalence de diabète avec une précision supérieure à 95 %. Les facteurs prédictifs les plus importants étaient bien connus – obésité, sédentarité et population âgée –, mais l’analyse causale a révélé un élément plus surprenant : la santé mentale s’est avérée être l’un des facteurs protecteurs les plus puissants. Les quartiers où le bien-être mental moyen était meilleur présentaient des taux de diabète nettement inférieurs, même après prise en compte du revenu, de l’âge et du mode de vie.

Le stress au travail et le tabagisme, en revanche, augmentent le risque de diabète, soulignant ainsi l’impact biologique du stress psychologique chronique. Fait intéressant, les quartiers comptant une plus forte proportion d’immigrants récents et de minorités visibles présentent généralement une prévalence du diabète plus faible, ce qui illustre le phénomène bien connu de « l’effet immigrant en bonne santé » ainsi que le rôle protecteur de la cohésion sociale et des pratiques culturelles.

Cette étude propose une nouvelle vision de la santé publique : au lieu de traiter le diabète uniquement en clinique, il faudrait aussi le prendre en charge au sein des communautés, par le biais d’un soutien psychologique, de la réduction du stress, de rues piétonnes et d’infrastructures sociales. À l’ère du numérique, la guérison pourrait commencer non seulement avec le patient mais également au cœur même de son quartier.

Articles Connexes