Zeynep Kayadelen
Si vous cherchez une série policière qui tient en haleine et que vous ressentez le besoin de rire, tournez-vous vers Monk. Cette série en huit saisons captive par ses intrigues habilement construites mais également par son humour inattendu qui tourne en dérision les faiblesses de son héros. Pour ceux qui s’interrogent sur la possible coexistence de l’intelligence et de la fragilité dans un même être, Monk apporte une réponse singulière.
Adrian Monk est un ancien inspecteur de la police de San Francisco. Le meurtre de sa femme, Trudy, ne l’a pas seulement plongé dans le deuil : il a également aggravé ses troubles obsessionnels compulsifs en plus de lui ajouter de nouvelles phobies. Retranché du monde, il semble perdu pour la société. Mais Leland Stottlemeyer, chef de la police et ami fidèle, décide de le ramener à la vie en l’engageant comme consultant. Monk relie les indices et élucide rapidement les affaires les plus obscures grâce à sa mémoire photographique ce qui le place au rang de génie aux yeux du spectateur tandis que son désarroi devant un verre de lait ou une simple araignée déclenche l’hilarité.
Son retour à la vie sociale n’a pas été chose aisé. Fort heureusement il avait à ses côtés Natalie Teeger. Cette ancienne infirmière, par son empathie et son sens du contact, ne manque pas d’attirer l’attention du spectateur. Qu’on ne s’y méprenne pas, elle n’est pas seulement son assistante : tour à tour gardienne, alliée et soutien le plus sûr, elle l’aide patiemment à affronter ses peurs.
Adrien Monk, avec sa centaine de phobies et son obsession de la propreté qu’il trimballe partout, donne naissance à de situations absurdes et dérangeantes même lorsqu’il est en présence de personnes tout à fait banal. Mais la série ne limite pas au rire : elle révèle souvent une vérité tragicomique, où le comique se mêle à la douleur. Les peurs de Monk sont le miroir de la fragilité humaine. Lorsqu’on sourit, c’est avec un pincement au cœur, car derrière chaque manie se cache un drame qui n’est autre que celui d’un homme façonné par le chagrin.
La série est portée par les thèmes de la solitude, du deuil, de la guérison et de l’amitié. Certes chaque épisode raconte la résolution d’un crime. Cependant cela peut aussi être perçue comme la tentative d’un homme de se réconcilier avec son passé. Guérir passe ici par le soin apporté aux autres : un paradoxe que la série explore avec une précision quasi mathématique.
La performance de Tony Shalhoub est décisive. Le mélange de finesse et de fragilité qu’il insuffle à Monk empêche toute caricature et fait du personnage un être profondément humain. Les récompenses qui ont salué son travail — Emmy et Golden Globe — en sont la simple confirmation.
Et puis, pour conclure, cette délicieuse ironie : les criminels les plus rusés finissent piégés par un homme étrange, couvé comme un enfant, vêtu toujours de la même façon. À cet instant, le plaisir de voir triompher la justice s’accompagne d’une lueur plus fragile encore : l’espoir que le monde puisse, parfois, se ranger du côté de l’innocence.
Monk (2002–2009, États-Unis)
Genre : comédie policière
Réalisation : Randy Zisk, Jerry Levine, Michael Zinberg
Création : Andy Breckman
Avec : Tony Shalhoub, Bitty Schram, Jason Gray-Standford, Ted Levine, Traylor Howard
Musique : Jeff Beal, Randy Newman
Saisons / Épisodes : 8 / 125

